Giuseppe Prezzolini
Manifeste des conservateurs
Manifeste des conservateurs
Impossible de vérifier la possibilité d'une remise en main propre
Déjà disponible chez l'éditeur.
Il y a très souvent une dimension provocatrice et d’autant plus stimulante dans les textes de Giuseppe Prezzolini (1882-1982). Elle fut soulignée par de nombreux auteurs : « une voix à contre-courant », « une droite atypique », « un Italien politiquement incorrect »… Le fondateur de La Voce, cette revue si décisive pour l’histoire du XXe siècle italien, dans laquelle Curzio Malaparte voyait « la serre chaude tant du fascisme que de l’antifascisme », fait partie de ces « inclassables » dont le talent propre est de débusquer ce qu’il entre de trop confortable dans nos habitudes de pensée.
Le Prezzolini qui écrit le Manifeste des conservateurs (1972) ne fait pas exception à sa propre règle. À 90 ans, il jette un regard rétrospectif sur sa vie et sur celle de l’Italie : la thèse de la conservation nécessaire s’appuie sur l’analyse de près d’un siècle d’histoire italienne.
D’où les deux parties de l’ouvrage, où se succèdent une vigoureuse affirmation théorique du conservatisme, qui ne va pas sans un humour cinglant, et la description de l’itinéraire qui lui a fait adopter cette position. Prezzolini nous délivre notamment son analyse du fascisme, qui rend enfin possible le jugement historique de la réalité qu’il fut : ce qu’il appelle « le nécrologe honnête du fascisme », débarrassé de toute idéologie. Cette mise au point sera utile en France, où l’usage du mot de fascisme fait l’objet de toutes sortes d’approximations.
Dans les quatre textes qu’il a consacrés à l’auteur après sa mort, et qui sont traduits à la fin de l’ouvrage, Augusto Del Noce, l’un des plus grands philosophes politiques italiens, aide à percevoir toute la fécondité et parfois les impasses de la pensée de Prezzolini.
Autodidacte, Prezzolini (1882-1982) s’installe très jeune à Florence. Ami de Giovanni Papini, il crée et anime avec lui le Leonardo, et collabore jusqu’en 1905 au journal nationaliste Il Regno d’Enrico Corradini, se faisant dans le premier cas le défenseur d’une orientation philosophique anti-rationaliste et mystique, dans le second le partisan du mouvement nationaliste et surtout des droits de la bourgeoisie contre le socialisme. Vers 1908, Prezzolini adhère à la philosophie idéaliste de Benedetto Croce, tout en se rapprochant du socialisme syndicaliste. Dans cette nouvelle position « idéelle », il fonde en 1908 l’hebdomadaire La Voce, qui joua un très grand rôle dans la vie intellectuelle italienne.
Dans le mouvement initié par La Voce, Prezzolini représentait l’élément d’union des différentes tendances qui s’y rejoignaient, un creuset d’une étonnante fécondité. La quasi-totalité des écrivains qui comptèrent par la suite sont passés par elle. Le but déclaré de La Voce est celui d’une véritable révolution civile, passant par une critique généralisée des hommes politiques de l’époque, incapables de diriger le pays dans un moment historique complexe et difficile. Prezzolini conservera toujours ce rôle critique à l’égard de la situation politique, civile et intellectuelle italienne, en veillant jalousement à sa propre indépendance.
Voilà pourquoi, sans doute, Prezzolini est difficile à « situer », changeant à la mesure des réponses à donner à une situation elle-même instable et dramatique, tout au long d’une vie qui aura duré plus de cent ans. Partagé entre son admiration pour Mussolini et son rejet des méthodes fascistes, il quitte l’Italie et, après quelques années à Paris, où il accompagne en 1926, presque seul, les derniers instants de Piero Gobetti, son ami et adversaire, il s’installe à New York (1929) en tant que directeur de la Casa Italiana de l’université Columbia et professeur dans cette même université. Il ne revient en Italie qu’en 1961.
Prezzolini a entretenu une correspondance impressionnante, lié qu’il était à la plupart des intellectuels de son siècle, de quelque « bord » qu’ils aient été, de Mussolini à Croce… L’égarante dimension de son œuvre et de sa pensée (on a pu l’appeler « le conservateur sans domicile fixe »), sont de nature à faire de lui, selon le souhait exprimé par le titre d’un hommage de 1982, un auteur comptant « parmi les classiques de demain ».
Traduit de l’italien par Esther et Christophe Carraud — Préface de Christophe Carraud — Postface de Jean-Claude Thiriet.
Informations techniques
Informations techniques
Un volume de 288 pages, de format 13,3 x 20 cm, imprimé sur Arena Natural Smooth 90 g. par les Grafiche Veneziane.
Collection
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Lettres d'Italie
Date de parution
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ISBN
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9791097497866
