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Piero Martinetti

La tâche actuelle de la philosophie

La tâche actuelle de la philosophie

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La figure de Piero Martinetti fut décisive à plus d’un titre, à commencer par les choix moraux et politiques qu’il a prononcés en tant que philosophe (voir le volume-portrait publié aux même Éditions, Bréviaire spirituel). Le présent volume entend faire droit au souci complémentaire du contenu doctrinal qui déterminerait quelle est la philosophie de Martinetti, quelle est sa place dans l’histoire de la philosophie, quitte à revenir, au terme du parcours, à ce que Martinetti lui-même en disait dans ses lettres et aux choix qu’il prononçait dans l’exercice de la vie.

Il importe en effet de rendre disponibles dans l’édition française les textes du philosophe appelant plus particulièrement ce type de lecture. Luigi Pareyson rappelait avec raison que « certains des essais de Martinetti offrent une vision d’ensemble de sa philosophie beaucoup plus complète et limpide que ses œuvres unitaires les plus importantes ». C’est le parti suivi ici : dans une œuvre d’une ampleur considérable, élire ces essais qui, précisément, peuvent aider à se faire une idée plus nette de la philosophie de l’auteur. Plus immédiate aussi : donc les essais où il s’agit d’abord, et, chez Martinetti, comme personnellement, de philosophie, en tant que celle-ci est pour lui à la fois inquiétude et réponse éthico-religieuse au problème de la vie. Certains d’entre eux, du reste, permettent de nuancer l’image trop schématique de Martinetti comme « penseur solitaire du Piémont » replié sur la sphère de l’homme moral et anhistorique, et de souligner la dimension politique et « collective » de nombreuses pages. Ces textes font notamment mesurer les raisons pour lesquelles Martinetti s’opposait avec la plus grande intransigeance à toute forme de religion constituée, à commencer par une religion politique, à toute forme de « concordat », c’est-à-dire d’accord avec le pouvoir du monde, ruinant comme le fascisme la liberté de l’esprit.

Piero Martinetti (1872-1943) étudie à Turin et à Leipzig et enseigne pendant quelques années dans des lycées. Dès son premier ouvrage, qui est le fruit d’une connaissance approfondie de l’un des systèmes métaphysiques les plus rigoureux de l’Inde ancienne (Le système Sankhya, 1898), il fait preuve d’une singularité philosophique qui sera pour ainsi dire sa marque de fabrique, dans sa quête d’une sorte de « religion rationnelle » appelant tous les vivants au « règne de l’esprit ». Son deuxième ouvrage, qui lui ouvre les portes de l’université (il sera professeur à l’Université de Milan de 1906 à 1931), est une confrontation originale et intense avec des philosophes anciens, modernes et contemporains autour d’une théorie de la connaissance comme introduction à la métaphysique (Introduction à la métaphysique. I. Théorie de la connaissance, 1902).

Pour Martinetti, l’unité métaphysique absolue est le terme ultime d’un processus progressif qui part du multiple empirique et reste transcendant à ce multiple. Son point de départ est bien le moi individuel comme synthèse unitaire du multiple empirique ; mais ce moi poursuit sa lente ascension vers l’Unité transcendante, ascension dans laquelle la composante morale joue un rôle important de pivot (La liberté, 1928).

Cette composante morale marque l’ensemble de la vie de Piero Martinetti — chez lui, le philosophe et l’homme ne se distinguent pas. Le conflit avec le fascisme, dans lequel il ne voyait dès le début que démagogie et violence, s’intensifie à la fin des années vingt. En 1931, il refuse de prêter serment au régime et se voit contraint d’abandonner sa chaire, se retirant dans sa maison de Castellamonte où, tout en conservant des contacts avec le monde culturel antifasciste, il poursuit ses études et ses réflexions jusqu’à sa mort. De ces années date une vaste recherche sur Jésus-Christ et le christianisme, livre qui paraît de manière semi-clandestine en 1934, mais qui, mis à l’index par le Saint-Office, est retiré de la vente sur ordre du Parti. Dans sa retraite de la montagne piémontaise, il ne cesse de mettre au point des ouvrages et d’écrire des articles, notamment dans la revue qu’il a fondée (Rivista di filosofia), sans que leur publication confidentielle nuise au magistère intellectuel et moral qu’il exerce sur de nombreux philosophes de son temps. Les manuscrits de son dernier ouvrage sur la métaphysique, qui aurait donné toute sa dimension à ce qu’il avait indiqué dans son Introduction de jeunesse, ne seront publiés que plus de trente ans après sa mort.

Aucun des textes de Martinetti n’a été traduit en français jusqu’à ce jour.

Traduit de l'italien et préfacé par Christophe Carraud.

Informations techniques

Un volume relié de XIV + 622 pages, de format 16 x 22,5 cm, imprimé sur Arena Natural Smooth 70 g. par les Grafiche Veneziane

Collection

Lettres d'Italie

Date de parution

ISBN

9791097497934

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