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Sergio Quinzio

La défaite de Dieu

La défaite de Dieu

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Ce livre énonce, avec une implacable clarté, la question essentielle que se pose quiconque aborde l’Écriture avec l’intention de la prendre au sérieux, de l’accepter dans son intégralité et sa littéralité. Quel est le contenu concret des promesses divines ? Ce sont des promesses de bonheur, de richesse, de plénitude de vie, de justice immédiate. Qu’en est-il advenu ? La réponse, pour Quinzio, ne fait aucun doute : elles n’ont pas été tenues. La Bible, à ses yeux, raconte une succession d’« événements désastreux » non seulement « pour les hommes », mais « avant tout pour Dieu ». Un Dieu aux prises avec le difficile ajointement du temps historique, du temps des hommes où advient toute mort, et du « temps eschatologique », le temps de l’espérance que maintient une foi perpétuellement déçue par l’inaccomplissement des promesses et trouvant cependant en lui la certitude de leur réalisation indéfiniment reportée.

Un Dieu, donc, sans toute-puissance, sans cesse contredit par l’entêtement des faits historiques, mais dont nous sommes condamnés à parler, ne serait-ce que « parce qu’il n’est pas facile de ne plus en parler » ; et c’est précisément en parlant de la défaite de Dieu, en l’intégrant « dans nos équations », que ceux qui croient et ceux qui ne croient pas peuvent se rencontrer.

La foi profonde de l’auteur entre sans cesse en collision avec l’analyse historique, qui montre le caractère tragique de la question que l’homme se pose sur Dieu. L’impossibilité pour Dieu d’exercer sa justice dans le monde — sans quoi, précisément, le monde prendrait fin — entraîne la nécessité d’un mécanisme compensatoire fondé sur des actes sacrificiels « qui ont avant tout le pouvoir d’expier à chaque fois la faute, de compenser l’injustice, de rétablir l’équilibre continuellement rompu ».  Le temps confine à l’absurdité d’un Dieu défait. « La déception des premières générations chrétiennes » en attente de la Parousie n’en finit pas de se répercuter. En quoi la vie, pour se poursuivre, peut-elle avoir foi ? Si Dieu lui-même, que l’on disait éternité immobile, meurt dans le temps, pourquoi n’y vivrait-il pas ?

Sergio Quinzio (1927-1996) naquit à Alassio, dans la province de Savone, en Ligurie. Son père, Tito Vezio, chef de la police municipale de la ville, n’était pas un catholique pratiquant ; sa mère, Giovanna Ariolfo, en revanche, était pénétrée d’un catholicisme traditionnel, fervent et austère. Mais c’est surtout la figure de son frère aîné, Patrizio Flavio, qui marqua profondément sa vie spirituelle et intellectuelle. C’est à lui que Sergio adressera de nombreuses lettres, lesquelles formeront plus tard le recueil intitulé Journal prophétique (Milan, 1958) — son premier livre publié, déjà traversé par une tonalité apocalyptique et méditative. De 1935 à 1945, il fut élève des Salésiens d’Alassio, à l’Institut Don Bosco.

En 1944, à dix-sept ans à peine, il fut réquisitionné par les autorités d’occupation allemandes pour servir à la morgue, où il devait recueillir les dépouilles des victimes des bombardements : expérience précoce du mal et de la déréliction humaine, dont la marque ne s’effacera plus. Il entreprit par la suite des études d’ingénierie, puis de philosophie, sans toutefois les achever. En 1949, il entra à l’Académie de la Garde des Finances italienne. L’unique influence intellectuelle notable de cette période fut celle de Fernando Tartaglia, futur prêtre excommunié, dont l’empreinte sur la pensée du jeune Quinzio demeura discrète mais durable.

Entre 1960 et 1968, Quinzio collabora activement à la revue Tempo presente, dirigée par Ignazio Silone et Nicola Chiaromonte — publication majeure du libéralisme critique italien de l’après-guerre. Il travailla ensuite avec Bobi Bazlen pour les Éditions Adelphi, où parut, en 1967, son premier ouvrage : Le christianisme du commencement et de la fin, méditation inaugurale sur la tension eschatologique du message évangélique.

En 1963, Quinzio épousa Stefania Barbareschi (née en 1939), qui devait mourir tragiquement d’un cancer en février 1970. Le récit de cette agonie déchirante, intitulé Le Couronnement, fut d’abord publié à titre privé en 1971. Pour Quinzio, la mort de Stefania fut plus qu’une perte : elle constitua le « manquement de l’avènement du Royaume de Dieu », la catastrophe absolue de son existence — une foi détruite, lacérée, mais toujours en tension vers l’inaccessible.

Ses monumentaux Commentaires de la Bible, publiés entre 1972 et 1976, consacrèrent sa réputation d’exégète visionnaire, à la fois rigoureux et mystique. Au cours de ces années, Quinzio se retira dans les Marches, à Isola del Piano, où il mena une vie d’étude et de méditation. C’est là qu’il fit la connaissance d’Anna Giannatiempo, qu’il épousa à Rome en 1976. La Défaite de Dieu (1992) appartient à la toute fin de sa vie. Sergio Quinzio s’éteignit à Rome le 22 mars 1996, laissant derrière lui une œuvre d’une intensité unique dont témoigne cet ouvrage — où la foi, mise à nu par la douleur et l’attente, devient impatience et prière désespérée pour un Dieu encore à venir.

Traduit de l'italien par Christophe Carraud. Postface de Louis Pailloux.

Recensions parues :

Informations techniques

Un volume de 160 pages, de format 12,5 x 18 cm, imprimé sur Arena Ivory Smooth 80 g. par les Grafiche Veneziane.

Collection

Choses Humaines

Date de parution

ISBN

9791097497842

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